Séparation de l'église et de l'état... Aristide Briand, Jean Jaurès et quelques autres (+ film en streaming)

Publié le par Denis

Partant d'un article lu dans le Canard Enchaîné de mercredi dernier, je me propose de vous entretenir aujourd'hui de la Loi de Séparation de l'Église et de l'État.

Tout d'abord, l'article en question :

 

canard-enchaine-article-11-08-2010

 

Avant d'en venir aux protagonistes, à proprement parlé, je vous ai trouvé sur Google vidéo le docu-fiction sur le sujet. 

La Séparation.


 


Cette séparation fut peut être le dernier grand débat national d'envergure (je ne m'étendrais pas ici sur les idées farfelues et nauséabondes du petit truc de l'Élysée)...

En effet, celui-ci engagea enfin la France dans la laïcité.

 

Ci-dessous un caricature d'époque :

loi-separation-de-l-eglise-et-de-l-etat-humour-caricature

 

et là une photo d'un des nombreux échauffourées qui eurent lieux à cette occasion :

loi-separation-de-l-eglise-et-de-l-etat-photo-document

 

Sur le sujet en lui-même, j'ai trouvé bon nombre de sites... j'en ai retenu deux l'un parce que c'est l'incontournable... l'autre parce que c'est à la source de la démocratie.

Chronologie de la loi, Wikipédia, suivez ce lien.

Chronologie de la loi, Assemblée Nationale, cliquez ce lien.

Et enfin, si vous désirez le texte officiel de la Loi de 1905 sur la séparation de l'église et de l'état...

Sur Gallica, cliquez sur ce lien.

 

Voici, ci-dessous 2 "unes" des journaux de l'époque...


loi-separation-de-l-eglise-et-de-l-etat-journal-l-humanite-

Pour télécharger l'exemplaire de l'Humanité du 4 juillet 1905...

Cliquez ce lien.

 

loi-separation-de-l-eglise-et-de-l-etat-journal-le-gaulois-

 

Pour télécharger l'exemplaire du Gaulois du 4 juillet 1905...

Cliquez ce lien.

 

Et maintenant, les protagonistes:

Aristide Briand, l'Abbé Gayraud, Jean Jaurès, le Comte de Baudry d'Asson, Maurice Allard et enfin Paul Doumer.

(sources: assemblée nationale)

 

Aristide Briand

depute-aristide-briand


Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (J.Joly)

Né à Nantes (Loire-Inférieure) le 28 mars 1862, mort à Paris le 7 mars 1932.

Député de la Loire de 1902 à 1919, Député de la Loire-Inférieure de 1919 à 1932.

Ancien Ministre, ancien Président du Conseil. - Aristide-Briand est né à Nantes où son père, d'origine bretonne, et sa mère, vendéenne, étaient établis aubergistes. Après avoir fait ses études comme boursier au collège de Saint-Nazaire, puis au lycée de Nantes et les avoir terminées à la Faculté de droit de Paris, il revint à Saint-Nazaire, où il s'installa comme avocat. Attiré par la politique, il écrivit dans la Démocratie de l'Ouest des articles violents et anticléricaux, entra ensuite comme directeur politique à L'ouest républicain et se fit élire conseiller municipal. Il se présenta, mais sans succès, aux élections législatives de 1889. Il s'était fait « syndicaliste » et préconisait alors la grève générale comme « le seul moyen de conduire le parti ouvrier au triomphe de ses revendications ». Démissionnaire du barreau de Saint-Nazaire au début de 1893, il vint se fixer à Paris où, pendant quelque temps, il mena la vie un peu débraillée des cafés et des brasseries, puis entra à La Lanterne où il donna des comptes rendus de réunions et finit par devenir secrétaire général. Il poursuivait toujours sa campagne pour la grève générale qui devait être « la révolution, mais une révolution qui permettra au prolétaire de passer du domaine des mots à celui de la réalité ». La grève générale devait encore, selon lui, « répondre à la déclaration de guerre ». Il conseillait aux soldats « de tirer sur leurs officiers si ceux-ci, dans une grève, ordonnaient de faire feu ».

Il essaya de nouveau d'entrer à la Chambre aux élections d'août 1893, dans le quartier de La Villette, mais il échoua encore. Il se remit à militer au sein des congrès ouvriers et, se liant avec Viviani, Jaurès et Fournière, fonda avec eux le « parti socialiste français » qui allait s'opposer aux thèses doctrinaires de Jules Guesde et de Lafargue et du parti ouvrier. En 1898, nouvelle tentative infructueuse pour entrer à la Chambre dans la Seine, à Clichy, et ce nouvel échec lui fit perdre en même temps sa situation à La Lanterne. Par contre, il prenait de plus en plus une place de premier plan dans les congrès socialistes où sa parole faisait une grande impression et au barreau où il plaidait surtout dans les affaires ayant un sens ou une portée politique.

En 1902, il venait de défendre avec éclat Gustave Hervé et le journal Le Pioupiou de l'Yonne lorsqu'il réussit, enfin, à se faire élire Député de Saint-Etienne et, dès lors, son mandat allait lui être renouvelé à chaque consultation, dans la Loire jusqu'en 1919, ensuite à Saint-Nazaire.

Dès son arrivée à la Chambre, Briand y prit une des premières places, grâce au charme de sa voix et à l'originalité de son expression qui atteignait souvent au lyrisme, mais tombait quelquefois dans la gouaille populaire, II fit ses débuts avec un succès retentissant dans une interpellation à propos de la mort d'un gréviste au cours d'une manifestation, puis fut désigné comme rapporteur de la loi de séparation des églises et de l'Etat et, là, il se révéla comme un debater de grande envergure, S'appuyant sur la doctrine de l'Assemblée Constituante de 1789, qui avait proclamé que l'Eglise avait seulement la gestion, mais non la propriété des biens du clergé, il revendiqua pour la République le droit de supprimer le budgets des Cultes. Mais il pensait que le projet de loi qu'il rapportait pouvait et devait assurer la séparation et la paix dans le respect loyal et complet des droits de chacun. Il avait eu d'ailleurs l'habileté de s'entourer des avis de hautes personnalités catholiques et même d'évêques libéraux.

Lorsqu'au début de 1906, à la suite des inventaires des biens des églises et des incidents qui en résultèrent, le cabinet Rouvier eut été renversé, Briand reçut le portefeuille de l'Instruction publique et des Cultes dans le cabinet Sarrien (14 mars 1906) et le conserva dans le Ministère Clemenceau (25 octobre 1906), puis, à la mort de Guyot-Dessaigne le 21 décembre 1907, il prit, à partir du 4 janvier 1908 le Ministère de la Justice auquel les Cultes furent rattachés. C'est à lui, dans ces divers Ministères, qu'incomba la mise en application de la loi de séparation et il s'en acquitta avec une modération qui réussit à la faire accepter par l'Eglise et les fidèles.

Président du Conseil, avec les portefeuilles de l'Intérieur et des Cultes après la démission de Clemenceau (24 juillet 1909), il se prononça, à la veille des élections de 1910, contre la représentation proportionnelle, mais, après le renouvellement de la Chambre, il déposa un projet qui combinait ce mode de scrutin avec le système majoritaire. Le projet ne fut d'ailleurs pas retenu. Ce nouveau passage aux affaires fut marqué par de graves incidents, notamment par la grève des inscrits maritimes et par celle des agents des chemins de fer. A la stupéfaction de ses anciens amis politiques, il fit occuper militairement certaines grandes gares et plusieurs lignes, prononça la réquisition du personnel et, interpellé à la Chambre, il déclara « que si le Gouvernement n'avait pas trouvé dans la loi les moyens de rester maître de ses chemins de fer, il serait allé jusqu'à l'illégalité ». Dans la séance du 31 octobre 1910, Jules Guesde et les 74 députés socialistes, rappelant ses anciennes déclarations sur la grève générale, demandèrent sa mise en accusation, mais la Chambre l'approuva. Toutefois, Plusieurs de ses collègues du cabinet n'étant pas d'accord avec lui sur l'interprétation du droit de grève, il remit sa démission au Président de la République (3 novembre 1910). Comme il n'avait pas été mis en minorité par la Chambre, il fut chargé de reformer le Ministère, mais ce fut pour peu de temps; le désaccord persistant, il démissionna le 27 février 1911.

Le 14 janvier 1912 après la chute du cabinet Caillaux, Poincaré confia à Briand le portefeuille de la Justice dans son Ministère, puis, après son élection à la présidence de la République le 17 janvier 1913, s'étant démis de ses fonctions de Président du Conseil, Aristide-Briand fut appelé à lui succéder et forma son 3' cabinet le 21 janvier. Le 18 février suivant, au moment où débuta le septennat du Président Poincaré, Aristide-Briand lui remit selon la tradition, la démission de son Ministère; mais Poincaré lui demanda de rester en fonctions avec toute son équipe.

Devant les dangers grandissants de la situation internationale, il déposa sur le Bureau de la Chambre un projet de loi tendant au retour au service militaire de trois ans. Mais il se heurta à de nouvelles difficultés avec les projets de réforme électorale. Partisan de la représentation des minorités, il dénonça dans un discours à Périgueux le scrutin d'arrondissement comme conduisant à la « pulvérisation des partis », à la « dissociation nationale », et parla de lui comme des « mares stagnantes », mot qui fit fortune. La Chambre le suivit mais le Sénat n'accepta qu'une partie de son projet. Sur un amendement de M. Peytral qui fut adopté et aux termes duquel nul ne serait proclamé élu s'il avait moins de voix que son concurrent, amendement, qui en fait, ruinait son projet, il démissionna le 18 mars 1913. Lorsque, le 26 août 1914, la guerre déclarée, Viviani reconstitua son Ministère pour en faire un cabinet d'union nationale, Briand prit le portefeuille de la Justice et devint Vice-Président du Conseil. Il le resta jusqu'au 29 octobre 1915 où Viviani se retira pour permettre la constitution d'un Ministère représentatif des plus hautes personnalités politiques et militaires. Aristide-Briand prit la tête de cette formation; ce fut son 5e cabinet. Il fut l'un des artisans de l'expédition de Salonique et de la création d'un nouveau front dans les Balkans, idée qu'il sut faire triompher à la conférence de Calais (décembre 1915). Il s'employa également à réaliser une coordination plus étroite des efforts des alliés et, là encore, ses conceptions l'emportèrent (Conférence de Paris, mars 1916). C'est à la suite de ces conférences que le commandement en chef fut réorganisé et que Joffre, promu Maréchal de France, fut remplacé par Nivelle le 12 décembre 1916. Ce même jour, et comme suite aux promesses faites au cours du Comité secret qui siégea du 10 au 20 novembre 1916, Aristide-Briand remania son Ministère pour y introduire un Comité de guerre siégeant en permanence. Briand fut moins heureux à la Conférence de Rome (janvier 1917), où il ne réussit pas à faire prononcer par les alliés la déposition du roi Constantin de Grèce. C'est dans ce même moment que, repoussant une offre de paix allemande qui se produisait au lendemain de la prise de Bucarest, il la dénonça comme une manœuvre destinée « à empoisonner le pays, à troubler les consciences et à faire chanceler le moral des peuples ».

La démission de Lyautey, Ministre de la Guerre, le 14 mars 1917, entraîna la chute du cabinet et, pendant quatre ans, Briand demeura en dehors du Gouvernement. Il ne revint aux affaires que la guerre terminée, le 16 janvier 1921. Il constitua un nouveau cabinet d'union nationale dont, seuls, les socialistes révolutionnaires étaient exclus. Ce fut la période difficile des règlements internationaux consécutifs à la guerre (conférences de Paris, janvier 1921; de Londres, mars 1921). Devant la mauvaise volonté allemande, il prononça son fameux discours où il disait « qu'il fallait mettre la main au collet de l'Allemagne » et l'obliger à payer.

Il fit occuper Duisbourg, Ruhrort et Dusseldorf et fit sommation à l'Allemagne de s'acquitter sous peine de sanctions économiques. Ce furent alors les accords financiers d'août 1921, l'accord de Wiesbaden du 6 octobre sur les réparations en nature, mais qui ne furent que partiellement tenus. Puis ce fut la conférence. de Washington qui devait régler une foule de difficultés relatives aux armements navals et à leur limitation, aux droits des puissances dans le Pacifique, à la souveraineté de l'Etat chinois, à la position du Japon vis-à-vis du continent asiatique. En janvier 1922, une nouvelle conférence se tenait à Cannes. Aristide-Briand négociait lorsqu'un télégramme de Poincaré lui rappela « que rien ne pouvait devenir définitif sans l'accord des Chambres ».

Une opposition grandissait en effet au Parlement contre la politique du Ministre qu'on accusait de faire trop de concessions aux intérêts de nos alliés. Aristide-Briand revint à Paris s'expliquer devant la Chambre, puis remit sa démission le 12 janvier 1922, et, une nouvelle fois, il allait se trouver à l'écart du gouvernement pendant trois ans. Au cours de ce dernier Ministère. il avait obtenu le rétablissement de l'ambassade française auprès du Vatican et, dans cette affaire, il eut à soutenir une lutte très vive contre ses anciens amis politiques, mais il triompha. En 1924, le Ministère Herriot supprima de nouveau l'ambassade, mais Aristide-Briand, à son retour au pouvoir dans le cabinet Painlève (avril 1925), rétablit la représentation auprès du Saint-Siège qui, par la suite, ne devait plus être remise en cause. Après la démission de Painlevé, le 26 octobre 1925, Aristide-Briand conserva le portefeuille des Affaires étrangères dans le nouveau cabinet où Painlevé se succédait à lui-même. Il reprenait la Présidence du Conseil le 28 novembre 1925, se succédait à lui-même le 9 mars 1926 puis le 23 juin 1926. Il fut absent du cabinet Herriot du 19 juillet 1926, mais retrouva les Affairer étrangères dans les cabinets Poincaré des 23 juillet 1926 et 11 novembre 1928. Il succéda à Poincaré le 29 juillet 1929 et ce fut son 11e et dernier cabinet. Mais dans les Ministères suivants : Tardieu du 3 novembre 1929, Chautemps du 21 février 1930, Tardieu du 2 mars 1930, Steeg du 13 décembre 1930, Laval du 27 janvier 1931 et Laval du 13 juin 1931, la direction des Affaires étrangères lui fut confiée. Cette longue présence à la tête de la politique extérieure française lui permit d'orienter celle-ci vers ce qui était sa préoccupation dominante depuis la fin de la guerre 1914-1918 : la question de la sécurité internationale et de l'instauration d'une paix durable avec l'Allemagne. Il crut sincèrement les trouver dans un rapprochement franco-allemand, dût la France faire certaines concessions, et il s'y employa de toutes ses forces. Dans des discours retentissants, il déclarait vouloir « mettre la guerre hors la loi». Il proposa la réunion d'une conférence générale des alliés à Locarno (octobre 1925), où il pensa pouvoir régler enfin toutes les questions de l'après-guerre par des conventions d'arbitrage. Il provoqua à Thoiry (septembre 1926) une entrevue avec le Ministre allemand Stresemann où tous deux examinèrent les problèmes qui divisaient les deux pays. Déjà l'Allemagne avait été admise à la Société des Nations avec un siège dans son Conseil permanent.

Peu après, on décidait la suppression de la Commission militaire du contrôle interallié (janvier 1927), contre un engagement pris par l'Allemagne relativement au matériel de guerre et au régime des fortifications, puis ce fut, en septembre 1928, la renonciation à l'occupation de la Rhénanie cinq années avant le terme fixé par le traité de Versailles et un règlement nouveau des réparations, pour lequel la France consentait de nouveaux et importants abandons. Parallèlement, un pacte Briand-Kellog était signé entre la France et l'Amérique, par lequel celle-ci donnait sa caution morale pour le maintien de la paix, toutefois, sans aucune précision d'ordre militaire. Enfin, un acte général d'arbitrage était signé et approuvé par l'Assemblée générale de la Société des Nations et Briand, l'année suivante (septembre 1929), lançait l'idée des « Etats-Unis d'Europe » et de l'organisation d'un régime d'« Union fédérale européenne ».

Dans le développement de cette politique, Briand qui, sans cesser d'être « Français », avait voulu être aussi un « Européen », avait mi$ toute sa foi et toute sa bonne foi. Il n'est pas douteux - les événements l'ont montré - qu'il a échoué complètement et, surtout, qu'il a été berné par son partenaire allemand, qui s'en vanta. Briand continua pourtant sa politique sans se laisser ébranler par aucune critique ni aucun fait.

Lorsque le 13 mai 1931, l'Assemblée Nationale eut à donner un successeur à Gaston Doumergue, Président de la République, Briand posa sa candidature, mais, au premier tour de scrutin, il ne réunit que 401 voix contre 442 à Paul Doumer, et se retira. Il était d'ailleurs malade et, un jour, il eut une défaillance au cours d'une séance de la Chambre. Il alla se reposer dans sa propriété de Cocherel (Eure), puis fut remplacé à la Présidence du Conseil par Pierre Laval et, le 14 janvier 1932, après la mort de Maginot, il quitta le Quai d'Orsay où il était resté sept années consécutives. Il retourna à Cocherel, puis revint à Paris. Ce fut pour y mourir, le 7 mars 1932. Les Chambres lui votèrent des funérailles nationales et décidèrent (loi du 30 avril 1932) qu'il avait bien mérité de la Patrie. Beaucoup d'ouvrages ont été consacrés à Briand; le plus considérable est celui de G. Suarez, Briand, sa vie, son œuvre, (6 vol.).

 

 

 

l'Abbé Gayraud

depute-abbe-gayraud

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (J.Joly)

Né le 13 août 1856 à Lavit (Tarn-et-Garonne), mort le 16 décembre 1911 à Bourg-la-Reine (Seine).

Député du Finistère de 1897 à 1911.

Après des études de théologie qui lui valurent le titre de docteur, Hippolyte Gayraud entra chez les Dominicains en 1877. Il en sortit en 1893 après avoir été professeur de théologie et de philosophie scolastique à l'Université catholique de Toulouse (1884-1893). Parallèlement, il se consacra à une activité de missionnaire apostolique.

Dans le cadre de son activité sacerdotale, il publia de nombreux ouvrages, parmi lesquels on peut citer Thomisme et molinisme (1890), Providence et libre arbitre (1892), Saint-Thomas et le déterminisme (1895), La foi devant la raison (1906). Il collabora également à plusieurs journaux et revues catholiques.

L'abbé Gayraud fut élu député le 24 juin 1897, dans la 3e circonscription de Brest, en remplacement de Mgr. d'Hulst, décédé, par 7.326 voix contre 5.976 au comte de Blois, candidat monarchiste, et 146 à M. Loisel. Invalidé à la suite d'une enquête législative, il fut réélu le 29 août de la même année par 7.980 voix contre 5.076 à M. de Blois. Il s'était présenté comme républicain catholique et démocrate chrétien.

Il fut réélu, toujours dans la 3e circonscription de Brest, aux élections législatives du 8 mai 1898, par 10.077 voix contre 41 à son principal concurrent Lefébure (sur 11.466 votants).

Au cours de cette législature, il prit la parole à plusieurs reprises : sur le budget, la politique générale du gouvernement, l'instruction publique et déposa une proposition interdisant l'enseignement par les francs-maçons. Il fut inscrit notamment à la commission des enfants indigents.

Aux élections législatives du 20 juillet 1902, il fut réélu au premier tour par 8.671 voix contre 5.511 à M. Stéphan, sur 14.380 votants.

Il s'inscrivit au groupe de l'action libérale et appartint à la commission de l'enseignement et des beaux-arts. Son activité parlementaire fut très vive. Il prit la parole en de nombreuses occasions, notamment sur des sujets de politique religieuse. C'est ainsi qu'il prit part à la discussion du projet de loi relatif aux demandes en autorisation formées par les congrégations enseignantes, interpella le ministre de la Guerre sur les mesures prises par les cercles catholiques militaires, le ministre de l'Instruction publique à propos de l'interdiction faite à des ecclésiastiques de se présenter aux concours d'agrégation et prit part à la discussion des projets et propositions de loi sur la séparation des Eglises et de l'Etat.

 

Hippolyte Gayraud vit son mandat de nouveau renouvelé aux élections du 6 mai 1906 par la presque totalité des voix : 11.582 contre 70 à son concurrent Lefébure (sur 12.786 votants).

Déjà atteint par la maladie qui devait l'emporter il eut une activité réduite par rapport à celle des deux législatures précédentes et ses absences devinrent fréquentes. Ses thèmes de prédilection dans ses interventions restèrent celui de la politique religieuse et de l'enseignement : interpellation sur le libre exercice du culte catholique, proposition de loi tendant à dispenser de la taxe d'abonnement les associations formées pour l'exercice du culte au titre de la loi de 1901, discussion du projet de loi tendant à accorder une subvention annuelle à la mission laïque, question écrite concernant les plaintes relatives à certains livres des écoles primaires, participation à la discussion des interpellations sur la neutralité de l'enseignement dans les écoles publiques.

Aux élections du 24 avril 1910, il obtint une fois de plus un succès très facile, avec 11.007 voix au premier tour, contre 36 à Lefébure, sur 12.633 votants. Mais, très affaibli, il ne parut plus guère à la Chambre. Il mourut le 16 décembre 1911 à Bourg-la-Reine, âgé de 55 ans.

 

Jean Jaurès

depute-jean-jaures

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (J.Joly)

Né le 3 septembre 1859 à Castres (Tarn), mort le 31 juillet 1914 à Paris (2e).

Député du Tarn de 1885 à 1889, de 1893 à 1898 et de 1902 à 1914.

Le père de Jean Jaurès possédait à Castres une petite exploitation agricole dont le revenu lui permettait d'assurer à sa femme et à ses deux enfants une vie modeste mais régulière. Dès ses débuts au collège de la ville, le jeune Jean manifeste un don brillant pour les études et séduit le préfet du département par ses talents oratoires. Ayant obtenu une bourse, il se rend à Paris -et prépare le concours de l'Ecole normale supérieure au collège Sainte-Barbe. Il obtient un premier prix au concours général de 1878 et entre à l'Ecole normale où il aura pour condisciple Henri Bergson. Familier des problèmes philosophiques, sur lesquels il ne refuse jamais la discussion, Jean Jaurès profite aussi de son séjour rue d'Ulm pour s'initier aux grands problèmes politiques du moment. Les années 1878-1880 sont celles qui marquent la défaite de la droite antirépublicaine et l'affermissement du régime. Jaurès conçoit une grande admiration pour Gambetta ; il se veut lui-même «républicain libéral », c'est-à-dire opposé aussi bien à la gauche violente et irraisonnée de Clemenceau qu'à la droite froide et rancunière des monarchistes. Reçu troisième à l'agrégation de philosophie, il est nommé professeur à Albi, puis, deux ans plus tard, maître de conférences à la Faculté des lettres de Toulouse. C'est alors qu'il écrit ses premiers articles, pour la Dépêche de Toulouse, et commence à prendre la parole dans des réunions publiques. L'expérience Gambetta l'a déçu ; il penche maintenant pour Jules Ferry, et parle de « coopération », voire de « collectivisme ». Mais sa culture politique est encore faible, et ses propos, fortement teintés d'un humanisme philosophique et universitaire, ne sont pas de nature à effrayer quiconque. On admire l'orateur, le journaliste ; on ne redoute pas encore le théoricien. Aussi le comité local de l'union républicaine, parti des « opportunistes », décide-t-il de le proposer comme candidat aux élections générales du 4 octobre 1885. Jaurès rédige, pour l'essentiel, la proclamation électorale des candidats de l'Union ; il y souligne la nécessité de défendre la République, ses institutions, ses réalisations, et aussi les virtualités qu'elle contient, contre les conservateurs « révisionnistes » qui rêvent d'un troisième Empire. Son talent et son éloquence vont être récompensés : il est élu, seul de sa liste, avec 48.067 voix sur 94.149 votants.

Lorsque Jaurès arrive à la Chambre, il a vingt-cinq ans : benjamin des députés, il est nommé secrétaire du Bureau d'âge lors de la séance d'ouverture. « Quand je suis entré dans la politique, en 1885 », écrira-t-il plus tard, « je ne connaissais que deux choses : la République d'un côté, la réaction monarchique et cléricale de l'autre. Le dirai-je ? Je ne connaissais même pas de nom les diverses organisations socialistes qui luttaient contre la République bourgeoise ». Aussi sa première réaction va-t-elle être d'« attendre et voir » - voir ce milieu totalement nouveau pour lui, que les discussions théoriques ne l'ont guère préparé à affronter. Sa circonspection est d'autant plus justifiée qu'il ne se sent vraiment solidaire d'aucun groupe. La question sociale le préoccupe, et il commence à s'éloigner de Jules Ferry qu'il trouve trop favorable au capitalisme. Mais il n'en rejoint pas pour autant les radicaux, que le seul mot de « collectivisme » hérisse, ni le minuscule groupe socialiste, né en 1886, dont l'extrémisme verbal le rebute.

C'est à la fin de 1886 que le jeune député du Tarn affronte pour la première fois la tribune. Défendant un amendement à la loi sur l'enseignement primaire, il se prononce en faveur d'une école « décentralisée », directement gérée et financée par la commune elle-même, afin, dit-il, de rapprocher le contenu de l'enseignement de la vie quotidienne des citoyens. Ces propos ne sont guère appréciés par les collègues « opportunistes » de Jaurès. Quelques mois plus tard, une nouvelle incartade, beaucoup plus grave, va le brouiller avec eux. La Chambre discute un projet de loi tendant à assurer la protection douanière. Jaurès s'élève avec vigueur contre une politique du « pain cher », qui risque de léser gravement l'ouvrier sans rien rapporter au paysan. Très applaudi par l'extrême gauche, il provoque de vives protestations au centre et à droite.

Isolé de ses anciens amis sans avoir encore fixé son choix sur de nouveaux, Jaurès, au cours des trois années suivantes, prend quelque distance à l'égard du milieu parlementaire. Aux couloirs du Palais Bourbon, il préfère les réunions de syndicats ouvriers, les discussions avec des instituteurs de campagne dont la condition misérable le scandalise. S'il intervient à la Chambre, c'est pour proclamer la nécessité d'une meilleure instruction à tous les niveaux, c'est pour défendre les retraites ouvrières, la situation des mineurs. L'audace et l'intransigeance de ses idées ne l'empêchent pas d'être écouté dans une en ceinte où l'éloquence a gardé tout son prestige. Mais, à droite comme à gauche, on le comprend mal. Pourquoi, par exemple, s'obstine-t-il à défendre le scrutin de liste au moment où le scrutin d'arrondissement apparaît aux modérés comme le seul moyen de faire barrage au boulangisme ? Ce n'est pas qu'il soit rallié au fringant général. Mais ces querelles électorales lui paraissent oiseuses au moment où il y aurait tant à faire pour améliorer la condition des classes populaires. Il essaie de le dire ; on l'interrompt de tous côtés. Finalement le scrutin d'arrondissement est rétabli, qui permettra effectivement aux républicains de remporter les élections. Mais Jaurès qui s'est présenté en solitaire, dans la 1re circonscription de Castres, le 22 septembre 1889, n'obtient que 8.776 voix sur 18.532 votants et perd son siège de député.

Cette défaite est compensée par un heureux événement : Louise Bois, qu'il avait épousée en 1886, lui donne, en septembre 1889, son premier enfant. Jaurès rentre alors avec sa famille à Toulouse, où il retrouve son poste de maître de conférences à la Faculté. Retraite provisoire : en juillet 1890, il est élu conseiller municipal, après une campagne au cours de laquelle il a défendu l'attitude des « radicaux » et réclamé la création d'un « grand parti d'action socialiste capable de mener à bien toutes les réformes ». Son orientation politique est désormais claire. Mais il est plus facile de formuler ce vœu que de le réaliser. Entre les multiples tendances qui se partagent le socialisme, laquelle choisir ? Seuls les « possibilistes » de Brousse présentent, aux yeux de Jaurès, l'ouverture d'esprit, l'intelligence des rapports de force compatibles avec la grande politique dont il rêve. Car pour lui, le socialisme ne s'oppose pas au républicanisme : il en est le prolongement naturel. C'est ce que Jaurès explique à Jules Guesde, quand il le rencontre en mars 1892. Guesde lui répond par une apologie de la lutte des classes. Entre le réformiste et le révolutionnaire, point de conciliation possible.

Parallèlement à son activité politique, Jaurès poursuit ses travaux universitaires. En 1892, il soutient sa thèse latine sur Les origines du socialisme allemand et sa thèse de philosophie, un volume de trois cents pages intitulé : De la réalité du monde sensible. Il exprime, dans ce dernier ouvrage, sa conviction que seul le socialisme permettra à l'homme d'obtenir son plein épanouissement dans une société harmonieuse et fraternelle.

Mais l'année 1892, pour Jaurès, c'est avant tout l'année de Carmaux. Dans cette petite ville du Tarn, traditionnellement dominée par une famille de hobereaux paternalistes, la révolte couvait depuis quelques années. Pour faire pièce à l'autorité du marquis de Solages, député local et grand patron des mines, la population ouvrière a élu maire un des siens, Jean-Baptiste Calvignac. Le renvoi de Calvignac, accusé par l'administration d'absences trop fréquentes, met le feu aux poudres. Le 16 août, les mineurs prennent d'assaut la direction et déclenchent une grève qui va durer deux mois et demi. Soutenus par la population locale et par les leaders du socialisme à la Chambre, les mineurs de Carmaux finissent par obtenir gain de cause. Le marquis de Solages démissionne de son poste de député. Pour le remplacer, les socialistes font appel à Jaurès. Après quelques hésitations il accepte. L'élection partielle a lieu le 8 janvier 1893 : Jaurès est élu au deuxième tour, par 5.180 voix contre 4.701 à son rival, Héral, sur 10.095 votants. Quelques mois plus tard, aux élections générales du 20 août, il verra son mandat confirmé par 5.663 voix sur 10.267 votants.

A la Chambre, le nombre des députés socialistes est passé de 13 à 41. Pour la première fois, ils forment un groupe unique, dont Jaurès sera le principal porte-parole. Dès le 22 novembre 1893, interpellant le gouvernement sur sa politique générale, le nouveau député de Carmaux souligne la profondeur du mouvement socialiste, accuse la majorité de trahir la République pour freiner ce mouvement, et conclut en déposant l'ordre du jour suivant : « La Chambre, convaincue que le gouvernement ne peut combattre le socialisme sans déserter les principes républicains et condamnant énergiquement la politique rétrograde et provocatrice du ministère, passe à l'ordre du jour. » Quatre jours plus tard, sans même attendre la fin du débat, le gouvernement démissionne.

L'année 1894 voit se développer dans le pays une flambée d'anarchisme qui culmine avec l'assassinat du président Carnot, à Lyon, le 24 juin. Jaurès, qui avait, lors de l'attentat de Vaillant, flétri la violence aveugle et stérile, monte à la tribune pour exposer la pensée de ses amis dans le débat sur la loi réprimant la propagande anarchiste. Il accuse « la société présente elle-même, livrée à un désordre moral qui n'est que l'effet du désordre économique profond qui la travaille» et propose de tenir pour responsables « tous les hommes publics qui auront trafiqué de leur mandat ». Ce discours provoque de vives protestations sur les bancs de la majorité. Mais quelques jours après le vote de la loi, le président du Conseil, par prudence, prononce la clôture de la session.

Durant les années suivantes, Jaurès consacre l'essentiel de ses efforts à soutenir les ouvriers de Carmaux licenciés à la suite d'une nouvelle grève. Il parcourt la France pour collecter des fonds. Le but de cette campagne n'est pas seulement de procurer une aide matérielle aux grévistes; Jaurès veut aussi leur permettre de construire à Albi une « verrerie ouvrière » qui leur appartiendra. Malgré des difficultés nombreuses, l'opération est finalement un succès : une véritable entreprise modèle du socialisme va pouvoir naître et se développer. Aux yeux de la population laborieuse, le personnage de Jaurès, qui a prouvé ainsi la sincérité de ses convictions socialistes, en sort grandi. Aux yeux de ses adversaires politiques, il apparaît d'autant plus redoutable.

Dernière année de la législature, 1898 est aussi celle de l'affaire Dreyfus. La publication du J'accuse de Zola divise les socialistes. Tandis que les plus modérés d'entre eux se refusent à « mettre le parti socialiste à la remorque d'un écrivain bourgeois », Guesde déclare : « La lettre de Zola, c'est le plus grand acte révolutionnaire du siècle. » Jaurès est du même avis : selon lui, le prolétariat ne peut pas rester neutre dans cette affaire. Son devoir est « d'aller du côté où la vérité souffre, où l'humanité crie ». Le 22 janvier 1898, devant une Chambre houleuse, il dénonce avec violence l'attitude du gouvernement. Avant qu'il ait pu achever son discours, le tumulte éclate : dreyfusards et anti-dreyfusards en viennent aux mains, dans la salle des séances d'abord, puis dans les couloirs. Les journaux titrent : « Tuerie à la Chambre !» Quelques jours plus tard, Jaurès dépose au procès Zola. De nouvelles élections doivent avoir lieu en mai. Pendant qu'il se battait à Paris pour Zola, Jaurès n'a pas pris garde que la situation se dégradait à Carmaux, où le marquis de Solages mène une campagne très violente contre lui et ses amis. Le 8 mai 1898, dès le premier tour, Jaurès doit s'avouer vaincu : il n'obtient que 5.124 voix contre 6.637 à son adversaire, sur 11.904 votants.

Cette fois, le député battu ne retourne pas à l'Université. Il devient directeur politique de La Petite République, le journal de Millerand. La situation extérieure l'inquiète : au moment de Fachoda, il redoute une guerre qui, pour la première fois, sera universelle, et fait appel à l'action du prolétariat européen pour l'empêcher. Quand le danger s'éloigne, c'est à l'unification des socialistes qu'il décide de consacrer ses efforts. L'affaire Dreyfus continue à les diviser : tandis que Guesde et Vaillant y voient maintenant une « affaire de famille » qui ne regarde plus les socialistes, Jaurès défend ardemment le capitaine Dreyfus. Une nouvelle pomme de discorde surgit en juin 1899 : Millerand a été pressenti pour participer au ministère Waldeck Rousseau, aux côtés du général de Galliffet, dont la poigne a fait jadis merveille contre les Communards. Peut-il accepter ? Guesde réagit avec violence. Jaurès, d'abord hostile, finit par se laisser convaincre par Millerand qui prétend que cette concession est nécessaire pour faire barrage à la réaction. Au sein du groupe socialiste c'est la rupture : Guesde et Vaillant se retirent, laissant Jaurès seul avec les « modérés ». Le 3 décembre 1899, au gymnase Japy, le parti se réunit au grand complet pour une tentative de conciliation. La discussion est vive. Jaurès réussit à faire adopter une motion de compromis dans laquelle l'hypothèse d'une participation socialiste à un gouvernement bourgeois est envisagée à titre tout à fait exceptionnel. On forme un comité général qui groupe des représentants de toutes les tendances et qui s'occupera des intérêts généraux du parti. Mais le rapprochement n'est que de façade : au congrès national de 1900, les guesdistes claquent de nouveau la porte parce que Millerand est dans la salle.

Ces débats ont eu au moins le mérite de montrer qu'à travers de multiples petits groupes, deux grands courants s'affrontent au sein du parti : tandis que les guesdistes maintiennent avec intransigeance le principe de la lutte contre le capitalisme, Jaurès et ses amis défendent une stratégie qu'on serait tenté d'appeler « participationniste» : « Toutes les grandes révolutions ont été faites parce que la société nouvelle, avant de s'épanouir, avait pénétré par toutes les fissures, par toutes ses plus petites racines, dans le sol de la société ancienne. »

Au congrès de Lyon, en 1901, le choc de ces deux conceptions aboutit à la constitution de deux partis : Jaurès et Briand prennent la tête du « parti socialiste français », Guesde et Vaillant celle du « parti socialiste de France ».

En 1902, ont lieu de nouvelles élections générales. Jaurès a décidé de se représenter à Carmaux contre son vieil adversaire le marquis de Solages. L'expérience Millerand -a été, pour lui, un succès : les réformes obtenues justifient pleinement la politique du « socialisme parlementaire ». C'est cette politique qu'il défend devant les mineurs et les ouvriers verriers de Carmaux, au cours d'une campagne très rude. Le 27 avril, il est élu de justesse, par 6.494 voix contre 6.154 sur 12.765 votants. Un grand nombre de socialistes « indépendants » sont élus avec lui. Mais Guesde est battu, comme beaucoup de ses amis.

La nouvelle majorité est très républicaine et dominée par les radicaux-socialistes. A la tête d'un important groupe socialiste, Jaurès se propose de pratiquer une politique active dans la « délégation des gauches ». Dès sa première intervention, consacrée au désarmement et à la paix (21 janvier 1903), il s'impose comme un des grands orateurs de la Chambre. Par la suite, il défendra avec ardeur la politique « laïque» de Combes. Sa position sur ce point est claire : il ne cache pas son respect profond de tout sentiment religieux ; mais il entend lutter contre la formidable puissance réactionnaire de l'Eglise. En avril 1904, Jaurès crée le journal du futur mouvement socialiste unifié, l'Humanité. Le premier numéro, tiré à 130.000 exemplaires, s'ouvre sur un éditorial du député de Carmaux qui justifie ainsi son titre : « L'humanité n'existe point encore, ou elle existe à peine. A l'intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l'antagonisme des classes, par l'inévitable lutte de l'oligarchie capitaliste et du prolétariat. Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propriété commune des moyens de travail, résoudra cet antagonisme et fera de chaque nation enfin réconciliée avec elle-même une parcelle d'humanité. »

Le Congrès international d'Amsterdam, qui se tient au début de 1905, est, pour Guesde, l'occasion d'attaquer violemment la ligne « révisionniste » de Jaurès : « Vous faites surgir votre socialisme de la République, alors que nous le faisons surgir de l'évolution capitaliste. » Jaurès répond en dressant le bilan positif des résultats obtenus. Néanmoins, la motion finale adoptée par le Congrès est plutôt favorable aux thèses des guesdistes. Jaurès donne l'exemple de la discipline en s'y soumettant. Avant de se séparer, les congressistes lancent un appel à l'unité du socialisme français. On adjure Guesde et Jaurès de se serrer la main et on se sépare dans l'euphorie. Jaurès, peu après, quitte la délégation des gauches. Le congrès unitaire si longtemps attendu se tient enfin à Paris, en avril 1905 : la S.F.I.O. est née.

En 1905, s'ouvre l'ultime période de la vie de Jaurès, qui sera marquée essentiellement par ses efforts pour empêcher la guerre. Le leader socialiste doit lutter sur deux fronts : contre la droite belliciste qui exploite les incidents extérieurs (ceux du Maroc, par exemple), et contre certains membres de son propre parti, tel Gustave Hervé, dont l'antimilitarisme forcené fait le plus grand tort à la classe socialiste. Non le socialisme n'est pas l'ennemi de la patrie : lorsqu'il écrivait, quelques années plus tôt, sa monumentale Histoire de la révolution française, Jaurès avait déjà eu l'occasion de s'expliquer sur ce point. Après Tanger, sa réaction a été très nette : « Si la France était l'objet d'une injustifiable agression, elle se soulèverait avec toutes ses énergies vitales contre cet attentat. » Tandis qu'Hervé estime que toutes les patries se valent et que le devoir de la classe ouvrière, en cas de guerre, serait de s'opposer par tous les moyens au conflit, Jaurès défend la thèse jacobine du « peuple en armes » : « Le peuple en armes, le peuple organisé, le peuple formant des milices : voilà, en attendant l'heure du désarmement général, la forme de l'appareil militaire que l'Internationale prescrit. »

C'est dans cet esprit qu'en 1905, il se prononce pour le service de deux ans, et qu'entre 1907 et 1910, il rédige son livre l'Armée nouvelle. Dans ce livre, il propose que la durée du service militaire classique soit ramenée à six mois. En compensation, les citoyens seraient astreints, jusqu'à l'âge de 34 ans, à des stages annuels d'entraînement. Une proposition de loi - qui ne sera jamais discutée - vient concrétiser ce programme... Jaurès y affirme solennellement que la France ne saurait s'engager dans une guerre autre que défensive, après avoir épuisé toutes les possibilités d'arbitrage international.

Malgré les efforts de Jaurès et de ses amis socialistes, les années 1909-1912 voient la tension internationale monter peu à peu. Jaurès a été réélu à Carmaux le 6 mai 1906, dès le premier tour, par 6.386 voix contre 6.170 à Solages. En 1910, il est passé au second tour avec 6.453 voix contre 5.845 à un nouvel adversaire, Falgueyrettes. Les socialistes n'ont cessé de gagner des voix au cours de ces deux consultations. Arriveront-ils à empêcher le drame qui se prépare ? Le 12 novembre 1912, Jaurès écrit : « Le capitalisme ne veut pas la guerre, mais il est trop anarchique pour l'empêcher. Il n'y a qu'une force profonde de solidarité et d'unité : c'est le prolétariat international ». Au Congrès extraordinaire de Bâle, qui réunit des socialistes de tous les pays européens, cette force s'affirme sans équivoque par la voix de tous les délégués. On sait, hélas 1 qu'elle ne résistera pas au bellicisme des gouvernements. A Paris, les débats sur le service de trois ans sont l'occasion, pour la droite, de reprendre ses accusations contre Jaurès. Sous prétexte qu'il s'oppose aux trois ans, on l'accuse de vouloir livrer à l'Allemagne une France désarmée. En fait, Jaurès estime que le projet du gouvernement « rend plus difficile à tous les points de vue, financier, militaire, social, la grande organisation militaire que réclame le pays républicain ». Les discours qu'il prononce au cours du débat, le 17 et le 18 juin, développent cette thèse et contiennent des avertissements qui se révéleront prophétiques lors de l'invasion. Comme le reconnaîtra plus tard le général Sarrail, si l'on avait adopté les propositions de Jaurès sur la mobilisation générale, on aurait pu enrayer l'avance allemande après Charleroi. Mais la majorité a son siège fait : la loi des trois ans est votée par 358 voix contre 240.

A la fin de 1913, Gaston Doumergue, qui est chargé de former le gouvernement, propose à Jaurès d'y entrer. Préoccupé par l'unique problème de la paix, soucieux de ne pas diviser à nouveau les socialistes dans un moment aussi grave, Jaurès refuse. Le 26 avril 1914, il est réélu sans difficultés à Carmaux, par 6.804 voix contre 4.862 à Falgueyrettes. Le 29 juillet, il participe, à Bruxelles, à une réunion du Bureau de l'Internationale socialiste. Le soir, au cours d'un meeting public, il prononce un discours qui lui vaut une interminable ovation. Dans les jours qui suivent, c'est en vain que le parti socialiste développera sa campagne contre la guerre ; l'opinion ne croit plus qu'il soit possible de l'éviter. Les efforts de Jaurès et de ses amis se retournent contre eux : comment peut-on s'opposer à la guerre à moins d'être vendu aux Allemands ? C'est ce raisonnement simple que se tient, depuis quelque temps, Raoul Villain, un jeune homme calme et pieux, qui fait partie de la « Ligue des jeunes amis de l'Alsace-Lorraine ». Le 31 juillet, Jaurès, qui se propose d'écrire dans la nuit, un article retentissant pour dénoncer les causes et les responsables de la crise, dîne au café du Croissant. Villain, de la fenêtre, tire sur lui deux balles de revolver. Le leader socialiste meurt quelques minutes plus tard.

La guerre éclate le 3 août. Elle durera quatre ans et fera, comme Jaurès l'avait prévu, des millions de morts. En 1919, la justice acquitte l'assassin. En 1924, la Nation décide de transférer au Panthéon les restes de sa victime.

 

Le Comte de Baudry d'Asson

depute-comte-de-baudry-d-asson

Né à Rochesernière (Vendée) le 15 juin 1836, mort à La Garnache (Vendée) le 12 mai 1915.

Député de la Vendée de 1876 à 1914. (Voir première partie de la biographie dans ROBERT ET COUGNY, Dictionnaire des Parlementaires, t. 1, p. 206 et 207.)

Le scrutin uninominal ayant été rétabli par la loi du 13 février 1889, il se présenta aux élections générales du 22 septembre de la même année devant les électeurs de la deuxième circonscription des Sables-d'Olonne. Sans concurrent, il fut élu au premier tour de scrutin avec 10.550 voix sur 12.000 votants. Membre d'une Commission, il déposa notamment un projet de résolution tendant à modifier le Règlement de la Chambre (1893). Il participa à un certain nombre de débats concernant les problèmes agricoles qui l'intéressaient, en particulier l'élevage du cheval (1891 et 1893). En outre, il prit part à la discussion d'une interpellation sur « les manifestations ultramontaines de certains évêques de France (1891) ; s'opposa au projet de loi ayant pour objet de faire célébrer aux frais de l'Etat les funérailles de Jules Ferry (1893) ; et demanda à interpeller le Gouvernement sur les mesures prises pour rétablir l'ordre dans Paris (1893).

Réélu aux élections générales du 20 août 1893 au premier tour de scrutin, avec 8.117 voix sur 14.333 votants, il devint membre de diverses Commissions.

 

Il déposa notamment une proposition de loi - avec demande de discussion d'urgence - ayant pour objet d'abroger la loi créant l'enseignement primaire obligatoire et celle rétablissant le divorce (1896).

Il intervint fréquemment dans les débats concernant l'agriculture (par exemple au moment de la discussion du Budget de 1896), la politique générale (réforme des lois constitutionnelles de 1875) (1895) ou encore un certain nombre d'incidents locaux (en particulier entre les municipalités et les membres du clergé).

Au renouvellement du 8 mai 1898 il fut réélu au premier tour de scrutin avec 8.995 voix sur 16.379 votants. Il s'opposa avec vigueur à la politique areligieuse de la majorité.

Il déposa notamment une proposition de résolution tendant à mettre en accusation le cabinet présidé par M. Brisson.

Aux élections générales du 27 avril 1902, les électeurs des Sables-d'Olonne le choisirent une nouvelle fois, au premier tour de scrutin, comme représentant. Il obtint 10.353 voix sur 18.195 votants. Il devint membre de diverses Commissions. Il demanda que fût mis en accusation le cabinet présidé par M. Combes (1902) ; interpella le Gouvernement au sujet de l'expulsion des congrégations religieuses, (1902) ; sur « l'état de guerre civile dans lequel M. le Président du Conseil a plonge la France » (1903). Il fit l'objet d'une mesure de censure en 1905 à la suite d'un incident provoqué par lui.

Ses électeurs lui restèrent fidèles aux élections générales du 6 mai 1906 en le réélisant avec 11.374 voix sur 19.021 votants au premier tour de scrutin. Il demeura membre de diverses Commissions. Comme lors des précédentes législatures, il se consacra principalement aux questions politico-religieuses : protestation contre la suppression des indemnités ecclésiastiques (1909) ; demande d'interpellation sur « les persécutions religieuses contre les catholiques » (1908). Son état de santé réduisit cependant son activité parlementaire et durant la dixième législature - il avait été réélu aux élections générales du 24 avril 1910, au premier tour de scrutin, avec 10.717 voix sur 18.571 votants - il n'intervint qu'une seule fois, au sujet de la durée du service dans l'armée active.

Lors des élections du 26 avril 1914, il laissa à son fils Armand (voir notice suivante) le soin de se présenter à sa place devant les électeurs.

Il se retira à La Garnache (Vendée) où il mourut le 12 mai 1915.

 

Maurice Allard

depute-maurice-allard

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (J.Joly)

Né à Amboise (Indre-et-Loire), le 1er mai 1860, mort le 27 novembre 1942.

Député du Var de 1898 à 1910.

Maurice Allard fit ses études de droit à Paris et, mêlé de bonne heure à tous les mouvements socialistes qui agitèrent la jeunesse des écoles, il fonda des groupes et des journaux au quartier latin. Avocat, inscrit pendant cinq ans au barreau de Paris, il fit pendant la période boulangiste une vigoureuse campagne contre cette tentative de dictature.

Ancien rédacteur au Républicain d'Indre-et-Loire, à La Lanterne, au Petit Sou, à l'Action, à La Raison, il écrivit également dans Le Petit Provençal et Le Socialiste. Il collaborait au Petit Var lorsque les socialistes de ce département l'envoyèrent siéger à la Chambre des Députés au 2e tour de scrutin lors des élections législatives des 15 et 22 mai 1898, battant M. Joseph Jourdan, Député sortant.

Inscrit au groupe socialiste, il manifesta une grande activité et intervint dans maintes discussions sur les sujets les plus divers : pensions des instituteurs (1899) ; aide aux victimes de l'explosion de Toulon (1899) ; politique générale du Gouvernement (1899) ; aide aux victimes des incendies des forêts de l'Estérel et des Maures (1900) ; création d'une école supérieure des mécaniciens de la Marine (1900).

Réélu aux élections générales du 27 avril 1902 au 1er tour de scrutin, il continua avec une ardeur inlassable à soutenir ses points de vue dans maints débats, notamment : suppression du budget des cultes (1903, 1904); bouilleurs de cru (1903); politique religieuse du Gouvernement (1903) ; suppression de l'Ambassade de France près le Vatican (1903); suppression de l'enseignement congréganiste (1904); suppression des aumôniers des lycées (1904) ; mais c'est sur le projet et les propositions de loi sur la séparation des églises et de l'Etat qu'il fut le plus véhément (1905), ainsi que sur . les inventaires des biens culturels (1905). Il fut réélu aux élections générales du 6 mai 1906 au 1er tour de scrutin et revint avec la même insistance sur la séparation des églises et de l'Etat (1906, 1907); les aumôniers des lycées (1907); le budget des cultes (1909); il intervint en outre sur : la liberté de réunion (1907); le mouillage des vins et les abus du sucrage (1907); la répression des outrages aux bonnes mœurs (1908) ; la politique du Gouvernement au Maroc (1908); l'impôt sur le revenu (1908); le rachat des forêts par l'Etat (1908); les conseils de guerre (1909) ; les encouragements à donner à la sériciculture (1909) ; les tarifs douaniers (1909) ; le rachat par l'Etat de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest (1909) ; la. neutralité de l'enseignement dans les écoles publiques (1910).

Aux élections générales des 24 avril-8 mai 1910, il se représenta dans la 1er -circonscription de Toulon, mais fut battu au 2e tour de scrutin par Jean-Baptiste Abel.

Il reprit alors sa carrière de journaliste et fut un des leaders de l'Humanité de Jean Jaurès.

Maurice Allard meurt le 27 novembre 1942, à l'âge de 82 ans.

 

Paul Doumer

depute-paul-doumer

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (J.Joly)

Né le 22 mars 1857 à Aurillac (Cantal), mort le 7 mai 1932 à Paris.

Député de l'Aisne de 1888 à 1889. Député de l'Yonne de 1891 à 1896.

r">Député de l'Aisne de 1902 à 1910. Sénateur de la Corse de 1912 à 1931.

Ministre des Finances du 1er novembre 1895 au 29 avril 1896.

Ministre d'Etat du 12 septembre au 16 novembre 1917. Ministre des Finances du 16 janvier 1921 au 15 janvier 1922 et du 16 décembre 1925 au 9 mars 1926.

Président de la République du 19 juin 1931 au 7 mai 1932.

Nota - Paul Doumer n'ayant commencé sa carrière politique que l'année précédant la publication de ROBERT ET COUGNY, cet ouvrage ne lui consacre que fort peu de chose. En particulier, le « chapeau » est beaucoup trop étriqué eu égard à une personnalité dont on ne pouvait évidemment prévoir qu'elle deviendrait Président de la République. Dans ces conditions, il semble opportun de reprendre au départ la notice biographique.

Doumer (Joseph, Athanase, Paul) naît à Aurillac (Cantal) le 22 mars 1857, dans une vieille maison sise 54, faubourg des Tanneurs.

Son père, Jean Doumer, est alors poseur de rails à la Compagnie des chemins de fer d'Orléans. Huit mois après la naissance de son fils, il doit partir avec sa petite famille, d'abord pour Mende, en Lozère, puis pour Paris, sur la Butte Montmartre, où naît un second enfant. Mais le père meurt bientôt. Restée seule, Mme Doumer doit faire des ménages pour élever ses enfants.

Paul Doumer fréquente l'école communale de la rue Ramey, où il obtient son certificat d'études primaires. La misère est grande dans la famille ; elle oblige Mme Doumer à placer son fils à douze ans, d'abord comme coursier, puis comme ouvrier graveur dans une fabrique de médailles de la rue de Turenne.

Paul Doumer, cependant, tient à poursuivre ses études. Il le fait avec tant d'énergie tenace que, fréquentant seulement les cours du soir de l'Ecole des Arts-et-Métiers, il parvient à passer avec succès son baccalauréat ès-sciences, puis à obtenir, en 1877, alors qu'il est devenu répétiteur, une licence de mathématiques.

A cette époque, il vit dans la famille d'un de ses camarades dont le père, M. Richel, a été inspecteur primaire dans le département de l'Aisne.

Nommé en 1877 professeur au Collège de Mende - il est alors âgé de vingt ans -, il y reste jusqu'à la fin de 1879 en compagnie de l'une- des trois filles de la famille Richel, Blanche, qu'il a épousée l'année précédente, mettant en application un principe qu'il exprime dans Le Livre de mes fils : « Se marier, et se marier jeune, est le devoir ».- De leur union naîtront huit enfants, dont cinq fils.

Il est ensuite appelé à professer au collège de Remiremont, mais en 1883, il devra abandonner l'enseignement pour raison de santé.

Entre-temps, il a commencé à fréquenter les milieux du journalisme, notamment en écrivant quelques articles lorsqu'il se rendait à Paris pour y passer ses vacances. En 1880, grâce à son beau-père, il entre en relations avec l'historien Henri Martin, alors sénateur de l'Aisne, et son collègue Waddington qui lui confient le poste de rédacteur en chef du Courrier de l'Aisne. Fixé dès lors à Saint-Quentin, Paul Doumer mène une campagne très vive en faveur des idées du parti radical. La direction du journal s'en émeut bientôt à tel point qu'après la mort d'Henri Martin, Paul Doumer doit démissionner. Il fonde alors un journal beaucoup plus violent, La Tribune de l'Aisne, nettement plus orienté à gauche.

A l'occasion des élections de 1885, une longue et active campagne fait triompher toute la liste soutenue par La Tribune contre celle que patronne son ancien journal. Paul Doumer devient ainsi conseiller municipal, et ce succès incite M. Floquet, élu président de la Chambre, à prendre le jeune militant comme chef de Cabinet.

Entre temps, il collabora au Matin, au Rapide et au Voltaire.

Deux ans plus tard, un siège de député devenant vacant dans la deuxième circonscription de Laon, Paul Doumer se présente. Il est élu au deuxième tour de scrutin, le 25 mars 1888, par 42.306 voix sur 92.998 votants et 147.324 inscrits, contre 33.485 voix à M. Jacquemart, opportuniste, et 11.612 voix au général Boulanger, lequel s'était désisté en sa faveur à l'issue du premier tour.

A la Chambre, Paul Doumer siège avec la gauche radicale. Il vote notamment pour le rétablissement du scrutin d'arrondissement, contre l'ajournement indéfini de la révision de la Constitution, en faveur des poursuites contre trois députés membres de la Ligue des patriotes, contre le projet de loi Lisbonne tendant à restreindre la liberté de la presse, enfin pour les poursuites contre le général Boulanger.

Lors du renouvellement du 22 septembre 1889, Paul Doumer est battu au premier tour de scrutin par Castelin, qui l'emporte par 10.386 voix contre 7.031, sur 17.949 votants. De ce fait, son mandat prend fin le 14 octobre.

Paul Doumer ne quitta pas la Chambre des Députés bien longtemps. En effet, le représentant de la première circonscription d'Auxerre, Laffon, étant décédé en cours de mandat, une élection complémentaire a lieu le 25 octobre 1890. Il s'y présente, mène à l'issue du premier tour par 6.539 voix contre 4.418 à son principal adversaire, Denormandie, pour l'emporter au deuxième tour par 7.714 voix contre 5.144, sur 13.829 votants.

Lors du renouvellement du 20 août 1893, Paul Doumer battra de nouveau le même adversaire, cette fois dès le premier tour, par 7.675 voix contre 5.756, sur 13.173 votants.

A la Chambre des Députés, il se spécialise vite dans les finances. En juillet 1894, il soutient avec Godefroy Cavaignac une proposition d'impôt sur le revenu, qui est repoussée par l'Assemblée malgré l'appui de Jaurès. En 1895, en qualité de rapporteur du budget des Colonies, il lui faut intervenir sur le projet de loi relatif au règlement provisoire de la situation financière du protectorat de l'Annam et du Tonkin et des dépenses de l'expédition du Siam. L'étude à laquelle il se livre à cette occasion fait penser à lui lorsqu'il s'agit de remplacer Rousseau, le gouverneur général de l'Indochine, qui désire rentrer en France pour se présenter aux élections sénatoriales dans le Finistère. Mais une crise ministérielle intervient, à la faveur de laquelle il entre dans le cabinet radical de Léon Bourgeois, en qualité de Ministre des Finances, le 1er novembre 1895.

Le 1er février 1896, il soumet au Parlement un projet de budget tendant à réaliser des économies considérables, à donner un nouvel élan à l'amortissement de la dette publique, à préparer la réforme de l'impôt foncier et à organiser l'assistance aux vieillards. Il prévoit également l'établissement d'un impôt global et progressif sur le revenu, destiné à remplacer la contribution personnelle mobilière et la contribution des portes et fenêtres. Ce dernier projet provoque une vive opposition à la Chambre, où il est repoussé.

Il se préoccupe encore de l'Indochine en faisant modifier, à la demande du gouverneur général Rousseau, qui est resté en place, le décret organisant le contrôle financier, texte qui tendait à réduire les pouvoirs du représentant de la France.

Ses fonctions prennent fin le 21 avril 1896, avec la chute du ministère provoquée par le refus du Sénat de voter les crédits demandés par nos troupes stationnées à Madagascar.

A la suite du décès de Rousseau, Paul Doumer se voit offrir par M. Méline, dont il s'était montré l'adversaire redoutable, le poste de gouverneur général de l'Indochine, auquel il est nommé le- 28 décembre 1896, et qu'il occupera jusqu'en 1902. Il abandonne son mandat de député le 27 décembre et se trouve bientôt remplacé à la Chambre par Bienvenu-Martin.

En Indochine, il se consacre essentiellement, avec une grande autorité, à une œuvre d'unification. Il obtient pour le budget général une indépendance absolue et crée le corps des services civils. C'est a son influence qu'est due la disparition du vice-roi du Tonkin, dépendant de l'empereur d'Annam. Il supprime peu à peu les mandarins, les gouverneurs de province.

Il met sur pied, en 1898, une importante organisation scientifique qui élabore un programme général des voies ferrées d'Indochine. Le projet, que le Parlement approuve, prévoit entre autres la création de la grande ligne Saïgon-frontière de Chine et celle de la ligne du Yunnan. Il préside également à l'exécution d'un vaste programme de . grands travaux en vue de laquelle il avait fait voter l'emprunt nécessaire, alors qu'il était ministre des Finances. Des critiques ayant été émises au sujet de son action, il publiera, en 1905, un livre intitulé : L'Indochine française (souvenirs), dont il espère voir se dégager « une vue suffisamment précise de notre belle Indochine, une idée assez exacte de ce qu'est la colonisation, le gouvernement d'un vaste empire ». Il y évoque ainsi son œuvre : « Dans les cinq années que j'ai passées à la tête du gouvernement de l'Indochine, il a été possible de donner à notre colonie asiatique, avec une paix profonde qu'elle n'avait jamais connue, une organisation politique et administrative rationnelle, de bonnes finances, un premier réseau de voies de communication ; l'essor économique qui en est résulté a dépassé toutes nos espérances. »

De retour en France, Paul Doumer est élu de nouveau, aux élections générales du 27 avril 1902, député de la deuxième circonscription de Laon, contre M. Fancony, socialiste, par 11.522 voix sur 17.367 votants.

A la Chambre des députés, il oppose sa candidature, en tant que radical, à celle de Dubief, radical-socialiste, pour la présidence de la Commission des finances. Il l'emporte et se voit réélire à ce poste, en 1904, à la quasi-unanimité. A cette époque, il participe notamment aux discussions sur le rachat des chemins de fer de l'Ouest et du Midi, ainsi qu'au débat sur la situation de la marine, au cours duquel il critique la politique de Camille Pelletan.

Son attitude à cette époque ne laisse pas de le mettre en butte aux vives attaques de l'extrême-gauche. Son opposition aux partisans d'Emile Combes- dont il avait fait tomber le ministère avec l'appui des radicaux dissidents- et la vigueur avec laquelle il flétrit le système des « fiches » du général André le désignent comme le candidat des modérés à la présidence de l'Assemblée. Il est élu le 10 janvier 1905, par 265 voix contre 240 à Henri Brisson, puis réélu le 9 janvier de l'année suivante, par 287 voix contre 269 à Sarrien.

Immédiatement après, il pose sa candidature à la -présidence de la République, mais il se voit battre, le 17 janvier 1906, par Armand Fallières, candidat de la gauche, lequel l'emporte par 449 voix contre 371.

Réélu dès le premier tour à l'occasion du renouvellement du 6 mai 1906, par 11.297 voix contre 3.440 à M. Camper, sur 18.841 votants, Paul Doumer est, en revanche, battu aux élections générales des 24 avril et 8 mai 1910, au deuxième tour par son adversaire, Castelin, candidat républicain indépendant, qui l'emporte finalement par 9.366 voix contre 8.280, sur 18.158 votants. Pour la seconde fois, il doit renoncer à son mandat de député de l'Aisne.

Paul Doumer redevient parlementaire le 7 janvier 1912, jour où il est élu sénateur de la Corse par 445 voix sur 776 votants et au premier tour de scrutin. Bientôt, il fait au Sénat figure de véritable expert en matière financière, mais c'est essentiellement sur les problèmes touchant l'organisation de notre armée et la constitution de notre aéronautique militaire qu'il porte alors son attention ; il fait d'ailleurs partie à la fois de la Commission des finances et de la Commission de l'armée. Au début de 1914, il se voit nommer en outre membre du conseil supérieur aéronautique militaire et membre du comité technique de l'exploitation des chemins de fer.

Survient la guerre qui va le frapper à coups redoublés, puisqu'il perdra successivement trois fils et un gendre, puis un quatrième fils qui décédera des suites de ses blessures. Mais ces coups du sort n'entameront pas l'énergie dont il fait preuve dès le début des hostilités.

En effet, en août 1914, lorsque les troupes ennemies menacent Paris, il écrit au général Gallieni, gouverneur de Paris, lui proposant de se mettre à sa disposition en ces termes : « Je sais commander; je saurai donc obéir.» Gallieni accepte cette offre à laquelle Millerand, Ministre de la Guerre, ne fait pas d'objection. René Viviani, président du Conseil, exprimant quelque appréhension quant au choix d'un homme politique aussi en vue pour assumer une telle tâche, Gallieni répond qu'il ne peut revenir sur sa décision. C'est alors que Paul Doumer se trouve en mesure d'apporter un concours des plus utiles jouant en quelque sorte le rôle d'agent de liaison entre l'Etat-major général, les services publics et le Gouvernement replié à Bordeaux, et accomplissant une oeuvre très efficace portant à la fois sur l'organisation des services, les travaux de fortification du camp retranché et la mise en train des fabrications de guerre.

Toute cette activité n'empêche pas Paul Doumer de présenter durant cette période de nombreux rapports au Sénat, ni de partir pour la Russie, chargé de mission auprès du tsar.

Du 12 septembre au 13 novembre 1917, il occupe le poste de Ministre d'Etat dans le premier Cabinet Painlevé, siégeant au comité de guerre et présidant bientôt le comité économique.

De retour au Sénat, il est élu, le 29 juillet 1918, membre de la Commission chargée de procéder à une enquête économique sur les moyens d'accroître et de coordonner les efforts de production des colonies françaises, puis, le 3 décembre de la même année, membre de la Commission chargée d'étudier les questions intéressant spécialement les départements libérés de l'invasion.

Relevons le dépôt pas ses soins, le 6 février 1919, d'une proposition de résolution tendant à la nomination d'une Commission d'enquête sur les faits de guerre et, le 18 octobre, du rapport correspondant.

Régulièrement réélu membre de la Commission de l'armée et de celle des finances, il devient rapporteur général de cette dernière en janvier 1920. Cette qualité lui vaut de présenter de nombreux rapports, en particulier ceux qui concernent le budget, mais aussi la création de nouvelles ressources fiscales, problème dont l'acuité ne fera que croître au fil des années.

Paul Doumer est réélu sénateur de la Corse au deuxième tour de scrutin, le 9 janvier 1921, obtenant 414 voix.

Une semaine plus tard, le 16 janvier, il entre dans le Cabinet Briand comme ministre des Finances, poste qu'il occupera jusqu'au 12 janvier 1922, date à laquelle, à la suite de la conférence de Cannes, Raymond Poincaré reprendra la présidence du Conseil.

Revenu au Sénat, Paul Doumer retrouve son poste à la Commission des finances, à la présidence de laquelle ses collègues le portent en juillet 1925, mais il la quitte le 16 décembre 1925, Aristide Briand l'ayant appelé de nouveau à occuper les fonctions de ministre des Finances, en remplacement de Loucheur.

La tâche est extrêmement délicate, car c'est l'heure où le franc commence à précipiter sa chute et Paul Doumer connaît les angoisses d'une trésorerie aux abois et la menace d'une fermeture des guichets. Avec la même rude franchise que celle dont fera preuve Raymond Poincaré qui bénéficiera, lui, de l'autorité d'un président du Conseil, il se met à défendre une situation des plus critiques par un effort soutenu, une résistance aux surenchères, un sens des réalisations qui n'a d'égal que son mépris du verbalisme et des formules dilatoires. Il ne parviendra cependant pas à mener à bien cette entreprise et le ministère tombera au mois de mars 1926, Raoul Péret reprenant le portefeuille des finances.

Redevenu membre de la Commission des finances du Sénat le 30 mars 1926, il en retrouve la présidence au mois de novembre et ses collègues le confirment dans ses fonctions au mois de janvier suivant.

C'est à ce moment-là que la présidence de la Haute Assemblée se trouve vacante, de Selves venant d'être battu aux élections sénatoriales. La gauche démocratique radicale et radicale-socialiste présente alors la candidature de Paul Doumer qui est élu, le 14 janvier 1927, par 238 voix sur 273 votants, Albert Lebrun et Henri Chéron s'étant effacés devant lui.

La confiance du Sénat à son égard ne se démentira pas, puisqu'il en sera régulièrement réélu président le 12 janvier 1928, le 10 janvier 1929, le 16 janvier 1930 et le 15 janvier 1931.

Entre temps, les grands électeurs du département de la Corse lui renouvellent leur confiance en lui confirmant son mandat de sénateur par 416 voix sur 818 votants, dès le premier tour, le 14 janvier 1930.

L'année 1931 est celle au cours de laquelle doit expirer le mandat de Gaston Doumergue, Président de la République. Le Congrès qui se réunit alors se voit soumettre plusieurs candidatures : Paul Doumer, présenté par la droite, s'oppose à Aristide Briand, soutenu par la gauche. Au premier tour, Paul Doumer recueille 442 voix, Aristide Briand 401, Hennessy 15 et Marcel Cachin 10. Briand, froissé de cet échec se retire. Paul Doumer est alors élu Président de la République, le 13 mai 1931, par 504 voix contre 334 à Pierre Marraud, candidat improvisé par ses adversaires, et 13 à Painlevé, lequel n'était pas candidat.

Le 9 juin, Paul Doumer donne sa démission de sénateur et de président de la Haute Assemblée et, le 13, Gaston Doumergue lui transmet ses pouvoirs. A cette occasion, le général Dubail lui remet le grand collier et les insignes de Grand-croix de la Légion d'honneur.

La popularité du nouveau chef de l'Etat grandit de jour en jour et se trouve peu à peu en passe d'atteindre celle de son prédécesseur. Le pays apprécie, en effet, l'exemplaire dignité de sa vie, la sûreté de son jugement au milieu de crises difficiles et son clairvoyant patriotisme.

Mais, comme il l'avait pressenti le jour même de son élection par le Congrès de Versailles, Paul Doumer n'achèvera pas son mandat. Le 6 mai 1932, au début de l'après-midi, il se rend à l'hôtel Salomon de Rothschild, 11, rue Berryer, où a lieu la vente annuelle de l'association des écrivains combattants. Là, à quinze heures quinze, il est abattu à coups de revolver par un Russe blanc, Gorguloff, qui l'accusera de se montrer trop favorable aux bolcheviks. Atteint de deux balles à la base du crâne et à l'aisselle droite, il est aussitôt transporté à l'hôpital Beaujon où il expire le lendemain, 7 mai, peu avant la fin de la nuit.

L'émotion provoquée par cet attentat est considérable et se manifeste de toutes parts. En particulier, le Sénat rend hommage à la mémoire de son ancien président au début de la séance du 2 juin et, à cette occasion, Fernand Rabier, vice-président, s'exprime en ces termes : « Nous avions pu mesurer sa passion pour le bien public, la qualité et l'intensité de son labeur, la générosité de son esprit et de son cœur.

« Admirablement préparé par ses travaux antérieurs, par les mandats et les fonctions qu'il avait déjà remplis, il avait, dès son arrivée parmi nous, une action prépondérante dans les Commissions des affaires étrangères et de l'armée. Soucieux de précision, sans cesse à la recherche du document qui allait compléter son information et que son invraisemblable et méthodique puissance de travail lui permettaient de découvrir, il n'affirmait que s'il avait la certitude et cette certitude emportait votre conviction.

« C'est à la Commission des finances que sa haute compétence devait normalement trouver à s'exercer. Il était président de cette Commission lorsque vous l'avez appelé à diriger vos travaux.

« Il fut essentiellement l'homme du devoir, de tous les devoirs. Il avait le culte de la patrie, qu'il aimait d'un amour ardent et passionné jusqu'à lui sacrifier ses enfants. »

Paul Doumer repose, non pas au Panthéon, comme la proposition en fut faite, mais au cimetière de Vaugirard, Mme Doumer ayant demandé que son mari fût enterré dans le caveau de famille, auprès de ses quatre fils morts pour la France.

Malgré son activité considérable sur le plan politique, Paul Doumer a trouvé le temps d'écrire quelques livres. Outre L'Indochine française (souvenirs) (Cf. supra) publié en 1905 et La loi militaire (1913), il convient de mentionner Le livre de mes fils.

« Les livres peuvent avoir... dans la formation morale des jeunes hommes une sérieuse influence », laquelle vient s'ajouter à l'enseignement moral et civique, lui-même complété par les leçons de la famille ; le souvenir que Paul Doumer a conservé de lectures faites entre 16 et 20 ans - qui ont eu une action réelle, sinon décisive, sur la direction de sa vie - l'incite à écrire, en 1906, un livre pour la jeunesse. « Ce sera Le livre de mes fils, le livre des jeunes gens qui arrivent à l'âge d'homme et que la vie appelle. »

 

Vous pouvez trouver la biographie de tous les députés depuis 1789...

Sur le site de l'assemblée nationale, en cliquant ce lien.

 

A bientôt, ici ou ailleurs.

-Denis-

 

 

Commenter cet article