"Comment faire 35 heures... en un mois"

Publié le par Denis

Aujourd'hui je vous présente un pamphlet qui fait polémique (victor) :

"Absolument dé-bord-dée ou le paradoxe du fonctionnaire" 

signé Zoé Shepard (alias Aurélien Boullet).

 

 

 

Bon, c'est méchamment drôle, mais ne boudons pas notre plaisir, et même si l'extrait ci-dessous a été proposé par "Le Figaro"... et que ce pamphlet donne à penser aux sarkophiles et autres énergumènes... je n'oublie pas que Coluche lui-même avait été cinglant avec ces mêmes fonctionnaires... et comment !

Alors rions un peu aux dépend d'une certaine catégorie de personnels.

Culture-Pamphlet-liberté-livre-humour-aurélie-boullet

Voici donc ledit extrait... succulent !

J'ai longtemps cru que mon gène de la paresse était récessif. Puis j'ai intégré la fonction publique territoriale et ai constaté que, dans un environnement favorable, il pouvait pleinement s'exprimer, même après avoir été en latence durant mes années d'études passées à ne pas apprendre grand-chose sinon à être sélectionnée. Sélection qui s'avère être une véritable anti-bande-annonce de ce qui sera demandé à l'heureux lauréat lorsqu'il atterrira dans une collectivité territoriale. Les efforts requis pour intégrer l'école sont inversement proportionnels à ceux qu'il doit - ou ne doit pas - déployer une fois en poste.

Comme Coconne me l'avait promis, je trouve un énorme dossier estampillé d'un Post-it, sur lequel elle a sobrement indiqué : «Faire des camemberts». J'ouvre le dossier et récupère les deux tableaux récapitulatifs des années précédentes. «Faire des camemberts», en coconnien, signifie présenter une poignée de graphiques secteurs Excel pour comparer l'évolution des différents postes budgétaires du service sur deux ans, ce qui devrait me prendre une vingtaine de minutes et m'assurer la reconnaissance éternelle du très impressionnable directeur général de l'AIE (Affaires internationales et européennes, ndlr), Bertrand Dupuy-Camet, incapable de trouver le programme pour additionner deux et deux sur son ordinateur.

Si l'on y ajoute les quatre rapports parlementaires que je dois synthétiser et les deux réunions auxquelles je dois faire acte de présence, j'évalue mon travail de la semaine à huit heures. Soit une grosse semaine de travail dans ce monde professionnel pour le moins déroutant. La première fois, ça m'a semblé tellement ahurissant que j'ai eu envie d'en rire.

Les cinq premières minutes.

Avoir fait autant d'études pour ça me semblait fou.

Huit ans dont deux d'esclavage en prépa, deux à Sciences-Po et dix-huit mois à l'ETA.

Pas l'organisation terroriste basque, mais l'Ecole territoriale d'administration, formant les administrateurs territoriaux.

Huit ans pour ça.

Ça, c'était une cinquantaine de pages de documents que « The Boss » avait déposées sur mon bureau, le jour de mon arrivée, avec un air gêné :

- Pourriez-vous me faire une synthèse de ce dossier relatif à l'utilisation des fonds européens ? Vous avez la semaine, ça ira ? a-t-il demandé, le visage déformé par l'inquiétude d'être pris pour un esclavagiste.

- C'est une plaisanterie ? ai-je demandé, incrédule.

- Je sais, a-t-il rajouté, c'est... comment dire ?...

ahurissant de penser qu'il me faudra cinq jours de travail pour une note que j'aurai fini de rédiger dans deux heures, pause incluse ?

... Un gros travail. Ecoutez, vous pouvez me le rendre en milieu de semaine prochaine si vous n'avez pas fini. Il n'y a aucun problème, a-t-il achevé avant de quitter mon bureau, me laissant pour le moins songeuse.

Une heure et demie plus tard, l'imprimante crachotait ma note et je me demandais vraiment où j'avais atterri.

Aujourd'hui, en me connectant au réseau du service, je sais précisément où j'ai touché terre : un univers absurde où les gens qui en font le moins se déclarent dé-bor-dés et où les 35 heures ne se font pas en une semaine, mais en un mois.

Voilà voilà... 

A bientôt ici ou ailleurs

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